Celebration – Antonio Jiménez Saiz

Thomas Le Goff

Antonio est photographe. Il vit à Bruxelles. Tu ne le croiseras pas au bar. Antonio est photographe. Il crée des images. Il n’a pas d’ordinateur chez lui.
Antonio est photographe. Parfois il se cache. Il aligne les images et les ordonne. Il doute.

Antonio est photographe. Ne cherche pas, il n’a pas de page Facebook. Antonio est photographe. Ses pellicules, utilisées notamment pour photographier Carmen, sont rangées dans une boîte en bois, à l’intérieur de laquelle est fixée une plaque : « Corps Diplomatique. »

Antonio est photographe. Il vient de lire ce que je dis de lui. Il est furieux. C’est beau à voir.

Invité par Vincen Beeckman, je participe au Musée de la Photographie de Bruxelles qui ouvre ses grandes portes [et ses petites boîtes] à Recyclart. Pour sa deuxième exposition, le musée hors les murs prendra place dans la Gare de la Chapelle avec une installation autour d’images d’auteurs de notre plat pays.

Cet événement éphémère trouvera son prolongement dans d’autres installations temporaires, à Bruxelles et ailleurs en Belgique.

http://www.recyclart.be/fr/agenda/musee-de-la-photographie-de-bruxelles

Récemment, nous avons eu une conversation sur ta difficulté à te considérer photographe. D’où cela vient-il ?

Le manque d’école peut-être, la privation d’apprendre, sur les bancs face aux professeurs, de recevoir afin, plus tard, de pouvoir déconstruire, une réappropriation qui marquerait une forme d’identité.

Mais voilà, avec le temps on se dit qu’une vie d’autodidacte c’est riche, on fréquente d’autres écoles, d’autres lieux, ici c’est de construction qu’il s’agit, vivre aux contraintes de la liberté, sans trop de fioriture. A ta question, non, je ne sais pas si je suis photographe, cela m’importe peu en fait, je ne veux pas mais elle fait doucement partie intégrante de ma vie.

Antonio, tu revendiques dans ton travail une forme de violence. J’y vois plutôt une sorte de « fureur de vivre », et donc de produire. D’accord ou pas ?

D’accord avec toi mais je maintiens aussi la présence d’une certaine
« violence », mais pas dans l’image – mes images sont dépouillées de toutes formes d’agressivité, je les trouve plutôt sereines : la violence dans mon regard, c’est le silence de nos vies. Le silence fait à ceux, à nous, qui pour mille raisons, conventions, se (re)trouvent en marge, quid d’une bonne santé, de jeunesse, de repères qui peuvent, qui entraînent le retrait/repli sur soi. « Fureur de vivre », oui, depuis toujours, dans un excès contenu, exception faite aujourd’hui pour la photographie, car elle me permet de cadrer le sujet, en l’occurrence moi-même. La photographie, cette photographie me procure une douce sensation d’équilibre ; la fureur de vivre est le fuel de ma production.

Peu de gens le savent, mais tu écris depuis fort longtemps. As-tu déjà envisagé de mettre en rapport l’écriture et les images ?

Non, pas encore, un jour viendra, je prendrai le temps de me lire, on verra !

Dernièrement, tu t’es intéressé à la représentation des chats, que tu nommes les « sphinx ». Que pasa, hombre ? Ton sujet photographique premier, ce sont quand même les femmes, non ?

Les chats, oui, ceux qui se retrouvent affichés sur les poteaux des grandes villes, chats perdus, chats trouvés, affiches transformées par les intempéries en vrais petits chefs-d’œuvre d’abstraction. Il y a dans cet effacement, cette transformation, une similitude que je recherche dans mon travail.

C’est vrai, une grande partie de mon sujet se concentre autour de ma relation aux femmes, et Dieu sait si je ne suis pas un séducteur, justement. J’ai vécu entouré de femmes et le mystère reste complet, c’est une attirance qui dépasse le désir, ma timidité me donne beaucoup d’aisance (sic) et c’est rassurant pour l’autre personne, enfin, je crois… Prendre en photographie les femmes telles qu’elles aimeraient pouvoir se voir, sans le filtre du déjà-vu, c’est très fort comme partage, et puis, il y a les secrets qui nous lient, tout ce dont je traite à la troisième question.

 

Moins de 1% des personnes infectées par le VIH contrôlent naturellement la multiplication de l’infection en l’absence de thérapie. Chez ces séropositifs, le virus, bien que présent, est indétectable. De plus, leur système immunitaire reste suffisamment résistant pour protéger leur organisme des maladies opportunistes. Cependant, on ne peut en aucun cas considérer ces résistances comme un acquis définitif.

Elite Controllers – 2016

 

Un grand merci à Andrea Copetti pour l’élaboration de cette vidéo.

Se procurer le livre Elite Controllers