Pierre Bartier

Adeline Rossion

Ce qui séduit chez Pierre Bartier (1945-2006) est sans aucun doute la variété de ses images où se mêlent humour et érotisme, tendresse et (ré)jouissance.

Longtemps restées dans le fond d’un tiroir de la demeure familiale, ses images m’ont récemment été montrées par sa veuve, qui n’avait jusque-là jamais dévoilé le travail photographique de son mari.

Pierre Bartier aimait de temps à autre montrer ses photographies lors de soirées entre amis mais ne les a jamais extraites de sa sphère privée. Il ne se revendiquait d’ailleurs pas photographe, mais plutôt journaliste quand, lors de voyages, il accompagnait ses amis parmi lesquels figurent Harry Gruyaert et François Hers. Toutefois, Bartier sortait son Olympus dès que l’occasion s’y prêtait – souvent lors de soirées (bien) arrosées.

Plusieurs de ses photographies couleurs ont été réalisées au cours d’une traversée de la malle Ostende-Douvres, dans un bistrot de Liverpool ou encore dans des clubs privés. Des lieux propices à la fête et à l’excès dont il ressort des images imprégnées d’une saisissante débauche et d’une délicieuse audace.

En mai 68, il réalise un reportage photographique sur «les Belges à New York». Bien qu’il résulte de ce projet une intéressante série d’images en noir et blanc, il n’aura jamais l’occasion de la publier. Usant de cadrages subtils, Pierre Bartier ne nous dévoile aucun visage, construisant finement ses images en usant de références variées. A titre d’exemple, cette intrigante et fascinante photographie où l’image de Diane Arbus présente dans le catalogue semble être le prolongement des jambes de la lectrice qui le feuillette.

Scénariste aux côtés de Picha, Pierre Bartier coréalise, entre autres, les dessins animés de Tarzoon, la honte de la jungle, le Chaînon manquant et Les tueurs fous et rédige  également le Guide tendancieux de Bruxelles. Il écrit le scénario des Aventures de Jodelle avec Guy Peellaert. Il pose nu dans l’édition d’autoportraits de Belges connus et moins connus réalisée par Christian Carez en 1975 sous le titre Attention, un Nikon peut en cacher un autre. Autant d’éléments qui nous permettent de comprendre la personnalité multiple de Pierre Bartier et l’univers de ses photographies.

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Coll. Musée de la Photographie à Charleroi