ALEXANDRE CHRISTIAENS

Emmanuel d'Autreppe

“Mon axe principal est de mélanger ma collecte photographique, qui se réalise parfois de façon appliquée et réfléchie, parfois de façon hasardeuse. Ensuite, il s’agit de rassembler mes images et d’en écrire une histoire. Non pas la mienne, car même si je ne m’en exclus pas, mon travail n’est pas du tout autobiographique; ce sont plutôt des histoires du monde, des histoires de vies, de territoires, de formes, d’horizons et de regards portés que l’image raconte.”

ALEXANDRE CHRISTIAENS est né à Bruxelles en 1962. Il vit et travaille à Dave, près de Namur (Belgique). Autodidacte en photographie pour l’essentiel, il est avant tout un passionné de voyages et de la mer. En 1999, il effectuait une série de séjours entre l’Ile de Wight, Portsmouth, Ostende, Venise, Calais, Douvres et la Côte d’Opale, utilisant divers appareils argentiques pour fixer sur pellicule une série d’impressions photographiques qu’il intitulera “Marines”. Ce sera le début d’une nouvelle orientation artistique, à laquelle il se consacre depuis lors pleinement.

Alexandre Christiaens entreprend ensuite des périples photographiques dans le monde entier (Grèce, Inde, Brésil, Russie, Chine…), à la recherche des réseaux portuaires, des villes et des mégapoles en prise directe avec les mers et les océans, traquant la matière, de face, aussi bien que les à-côtés de la mondialisation. Mais ses expérimentations sur l’impression en noir et blanc le poussent à s’intéresser, dans le même temps, au rendu des roches et des concrétions: en 2007, il réalise la série “Grotesques, concrétions et paysages”, qui alterne des paysages solaires et des images réalisées avec une petite quantité de lumière dans les entrailles de la terre.

“Les déambulations passagères d’un voyageur débordé du monde” : c’est ainsi que le photographe, pour qui le déplacement vers des destinations lointaines est la condition essentielle pour créer, résume l’histoire de ses photographies. En Roumanie, en Estonie, en Russie, en Inde, au Brésil, au Chili tout récemment, en Turquie, en Chine ou au milieu de l’océan Atlantique, il s’agit pour lui de se frotter au monde, d’interroger sa structure, de traquer la présence ou de sonder les absences, d’enregistrer d’un même tenant les vibrations de l’histoire (y compris et avant tout celle des vieilles pierres, qu’il confronte volontiers à la mer) et celles de la lumière. Entre ses différentes séries photographiques (paysages industriels, grottes, fronts de mer, marines…) se créent des liens qui tissent une vision sensible et aiguë du monde, attentive tout autant au changement extérieur qu’aux déplacements incessants de la conscience intérieure. Les photographies qu’Alexandre Christiaens ramène de ses voyages nous parlent autant du globe qu’il parcourt, que d’un monde intérieur qui transparaît en filigrane, se mélange et se superpose à ses clichés. Dans un second temps, il aime considérer les images glanées comme des matières nouvelles et autonomes, expérimentant les nouveaux discours ou les nouvelles approches qui peuvent surgir de leur rencontre, de leur juxtaposition – car s’il arrive à son regard d’être inquiet ou mélancolique, son rapport aux images demeure joyeux et tonique.

La singularité de sa pratique lui a valu peu à peu une large reconnaissance: nombreuses expositions en Belgique et à l’étranger, publication à ce jour de deux ouvrages monographiques (“Eaux vives, peaux mortes” chez Yellow Now en 2012, et “Estonia”, en collaboration avec Carl Havelange, aux Impressions nouvelles en 2015), participation à de nombreuses manifestations collectives, etc. Il anime aussi de nombreux ateliers et pratique régulièrement des activités d’enseignement, sans pour autant que son travail cède aux facilités ou aux conventions des modes ou de l’esprit du temps.

Photographe libre et indépendant, inclassable et sinueux, Alexandre Christiaens met en rapport des territoires, des lieux, des formes, de l’aléatoire et de l’humain – tantôt présent, tantôt suggéré –, dans un savant dosage, une intense confrontation d’ordre et de désordre. Tout se joue dans la dualité de densité de la matière et de légèreté des airs, d’obscurité et de lumière, ou encore, de profonds silences opposés à l’activité frénétique des hommes et des machines. C’est un explorateur de notre temps mais hors du temps: en équilibre en marge de la photographie dominante, aux marges du monde, au bord du cadre comme au bord de l’eau… 

Emmanuel d’Autreppe

1

Chili, Valparaiso, 2015

Boston, Cowes, océan Atlantique, 2013

Boston, Cowes, océan Atlantique, 2013.

3

Chili, Torres del Paine, 2015.

4

Grèce, Voyage à Cythère, 2002.

5

Grèce, Voyage à Cythère, 2002.

6

Chine, Qingdao, 2015.

7

Chine, Qingdao, 2015.
8
Boston, Cowes, océan Atlantique, 2013.

9

Inde, Mandvi, 2008.

10

Inde, Bhavnagar, 2008.

11

Chine, Beijing, 2005.

12

Chili, Punta Arena,  2015.

13

Chili, Valparaiso, 2015.

14

Chili, Valparaiso, 2015.

15

Turquie, Istanbul, 2012.

16

Chine, Beijing, 2005.

17

Inde, Mumbai, 2008.

18

Inde, Mumbai, 2008.

19

Chili, Valparaiso, 2015.

20

Chili, Chiloé, 2015.

21

 Air, 2015.